Traitement de l’alcoolisme

Traitement de l’alcoolisme jusqu’au début des années 1990.

Le traitement a, jusqu’en 2004, reposé quasi-exclusivement sur l’abstinence volontaire. Il est demandé au patient de fournir des efforts importants et constants au quotidien pour ne pas boire ou ne pas rechuter. Pour aider le patient à fournir ces efforts, divers moyens sont proposés :

1- les groupes d’entraide tels Alcooliques Anonymes (AA), Vie Libre entre autres. AA a été fondé en 1935. Le groupe se fonde sur la spiritualité. Si certains patients y trouvent l’abstinence, nombreux sont ceux qui échouent. Comme ces organisations sont anonymes, aucune statistique n’est disponible pour en mesurer l’efficacité.

2- Les cures prolongées de désintoxication

3- les médicaments aversifs : le disulfiram. Lorsque le patient prend ce médicament (qui empêche de métaboliser l’alcool), s’il boit de l’alcool, il ressentira des symptômes très déplaisants. Dans certains cas, la réaction sera grave avec risque cardiaque parfois mortel. Le médecin prescripteur compte sur la peur du patient pour maintenir l’abstinence. Ce traitement est de moins en moins utilisé car peu efficace et potentiellement dangereux.

Il a été publié que, le taux de rechute après la sortie d’une cure de désintoxication réussie ou l’abstinence avait été atteinte, était de l’ordre de 90 % dans les quatre années suivantes. (J.M. Polich, D. J. Armor, and H. B. Braiker, “Stability and change in drinking patterns,” in The Course of Alcoholism: Four Years After Treatment (New York: John Wiley & Sons, 1981) pp. 159-200.

Traitement de l’alcoolisme de 1990 à 2004: la réduction des symptômes avec persistance de la maladie dans toute sa sévérité.

L’abstinence volontaire avec obligation pour le patient de fournir des efforts importants et constants au quotidien reste le choix thérapeutique majeur. Mais depuis les années 1990, en se fondant sur l’idée que l’envie irrépressible de boire (le “craving”) joue un rôle majeur dans la maladie, une catégorie de médicaments est proposée pour aider le patient à produire ces efforts : les médicaments dits “anticraving” (contre l’envie irrépressible de boire). Le but déclaré est de réduire le craving. C’est le traitement actuel de l’alcoolodépendance. Les médicaments anticraving les plus représentatifs sont la naltrexone, l’acamprosate, le topiramate et l’ondansetron. Les essais cliniques ont montré que tous peuvent permettre de réduire le craving. Avec les trois premiers, des essais cliniques ont montré que ces médicaments, isolément ou associés entre eux sont significativement supérieurs au placebo pour promouvoir l’abstinence, réduire la quantité de jours de forte consommation d’alcool par mois, retarder la rechute, même si ces effets sont reconnus comme modestes et souvent de courte durée par les experts qui prônent la réduction du craving. Malgré près de 20 ans d’utilisation de la naltrexone et de l’acamprosate sur un très grand nombre de patients (1,5 million pour l’acamprosate selon le fabricant), aucune publication n’a fait état de baisse significative de la mortalité ou des conséquences de l’alcoolisme dans les 20 dernières années. La limite de ces médicaments est liée au taux de rechute important, lui-même lié à la persistance du craving et des pensées obsessives qui obligent le patient à des efforts très importants pour devenir abstinent ou ne pas rechuter.
En médecine, lorsqu’on introduit un nouveau traitement médicamenteux pour une maladie, l’efficacité de ce traitement se mesure épidémiologiquement après quelques années d’utilisation. Ainsi, la réduction de la pression artérielle par les médicaments de l’hypertension a fait baisser de façon spectaculaire la mortalité et les complications de cette maladie. Il en est de même pour les médicaments utilisés dans le diabète, les maladies cardiovasculaires et plus récemment le Sida. A l’inverse, les médicaments et les thérapies de l’alcoolodépendance n’ont pas modifié la donne, et la maladie reste active et dévastatrice de façon chronique, même si de rares cas de rémissions spontanées ont été décrits. (Vaillant, G. (2003) 60 year follow-up of alcoholic men. Addiction, 98, 1043–1051)

Le premier cas de suppression complète, rapide et sans effort de la dépendance à l’alcool (alcoolisme) et de ses conséquences a été décrit en 2004 par Olivier Ameisen aux Presses de l’Université d’Oxford, après qu’il se soit administré du baclofène à hautes doses. (Ameisen O. Complete and prolonged suppression of symptoms and consequences of alcohol-dependence using high-dose baclofen: a self-case report of a physician. Alcohol Alcohol. 2005 Mar-Apr;40(2):147-50. Epub 2004 Dec 13. (cf. Section: Suppression complète, rapide et sans effort de l’alcoolisme.). D’autres cas ont par la suite été rapportés.